Tchi clown… l’impro de soi !

Dans la série « J’expérimente et je teste mes limites », me voici partie pratiquer le Tchi clown, un week-end entier à la périphérie de Lyon. Quelle est cette bête bizarre ? Et bien simplemtchi clownent une méthode originale inventée par Edmond Morsili, acteur-clown-metteur-en-scène-adepte d’arts martiaux ! Le nom parle de lui-même : c’est un mélange entre le Tai chi chuan (art martial interne chinois) et le clown. Par clown, il faut entendre l’improvisation ludique, avec un nez rouge au milieu de la figure…. La chose paraît étrange au premier abord, et se révèle bien plus profonde à la pratique.

Me voilà au milieu de la piste, avec mes camarades de jeu, louchant sur mon appendice cramoisi et me demandant à quelle sauce je vais être cuisinée. Et à nouveau face à mes défis, ma bête noire : l’improvisation…. Je n’en avais pas encore assez mangé au théâtre. Mais Edmond a l’art de nous amener au bord de nous-même par phases successives. D’abord, lâchage du corps, en musique, le nez rouge tenu par le bout des doigts servant de fil conducteur au mouvement : il bouge dans l’espace, ou sur le corps des autres, et je le suis, attentive à la fluidité de mes mouvements et aux notes entraînantes qui rythment mes pas. Mes 20 ans de tai chi trouvent là une application bien concrète : ancrage au sol, détente intérieure, écoute de ses perceptions… Auxquels Edmond rajoute une dimension de jeu supplémentaire : alternance entre le Yin et le Yang, c’est-à-dire entre le mouvement et l’immobilité, l’interaction avec l’extérieur (les autres joueurs en l’occurrence) et le ressenti intérieur, etc. Toute une palette de situations et de ressentis qui permettent d’alterner des « états de jeu » différents.

Jouer avec le plein et le vide

L’autre travail repose sur les émotions, ressorts puissants disponibles en chacun de nous et capables de nous mettre en mouvement (pensez simplement à la force motrice d’une grosse colère, qui vous fait claquer les portes et propulser des objets volants non identifiés à l’autre bout de la pièce…). Chacun amène avec lui des objets, textes, morceaux de musique personnels dans lesquels aller puiser le souvenir d’une émotion vécue pour, là encore, la transformer en énergie de jeu. Moi, j’ai apporté ma boite de Ricorée, ma robe de mariée et des textes philosophiques ! Je ne savais pas trop comment j’allais pouvoir compiler tout cela, mais bon…

Allez, en piste ! Je pose mon nez rouge selon un cérémonial très précis, digne d’une geisha descendante de la famille Zavatta, étape cruciale avant de se jeter dans l’arène. Le nez dit : je ne suis plus la Célia définie par sa place dans la société, mais un personnage en jeu, délesté durant un temps précis de son costume quotidien ordinaire et s’autorisant à mettre en scène et à livrer aux spectateurs ses émotions profondes. Je me lance dans l’improvisationCelia balloon, encadrée par quelques consignes minimales et la recommandation ultime d’être authentique….

Concrètement, cela veut dire que je dois laisser émerger ce qui vient, et s’il ne vient rien, je ne fais rien ! Une sacrée gageure face au public, mais sans doute l’exercice le plus beau qu’il soit donné de faire à un acteur, comédien ou circassien. Les arguments d’Edmond sont indiscutables : pour apprécier le plein, il faut le vide. Pour apprécier le beau, il faut le laid. Pour voir la performance, il faut être confronté à la simplicité. Le yin et le yang, encore et toujours ! Face au silence et à l’immobilisme du joueur, le spectateur a l’opportunité de rêver, de projeter son propre imaginaire sur une histoire encore à écrire et de sentir différents sentiments le traverser. Il vit alors, lui aussi, une expérience intérieure toute personnelle.

De la belle à la bête…

Bien. Mais la chose est plus facile à dire qu’à faire. Ma tête résiste ! Pendant les séances préparatoires, je fais le job, mais de la façon dont j’ai toujours appris à le faire : poliment, modérément, sagement… Edmond emploie les grands moyens : sur ma musique d’introduction (Camille, tout en flammes et en énergie), il me demande de courir à fond les manettes d’un bout à l’autre de la pièce, jusqu’à épuisement total. Je me lance dans une course effrénée, oubliant tout de ma bonne tenue, la tête échevelée et les joues en feu.

– Deuxième acte : le souffle court, j’enfile ma robe de mariée avec des gestes sensuels, près du corps, et j’exécute quelques mouvements de Tai chi chuan en tentant petit à petit de calmer ma respiration.

Celia_lezard– Troisième acte : je glisse vers le sol et me mets à ramper comme un gros lézard préhistorique en déclamant un texte philosophique. Pas comme une femme le ferait, mais comme ce reptile est en capacité de le faire ! Avec des borborygmes hideux et des mots à moitié avalés, à peine compréhensibles pour des êtres humains.

– Quatrième et dernier acte : je me redresse, revient à l’état de femme, porte contre mon cœur deux marionnettes représentant un couple d’amoureux et longe lentement la rangée de spectateurs en les regardant un par un dans les yeux (bon, d’accord, ils n’étaient qu’une grosse vingtaine…. ça ne m’a pas pris des heures !).

Mon Dieu, que vous êtes terrifiante !

Mon baptême était fait ! J’avais réussi à réaliser ce qui me paraissait le plus difficile : m’oublier en tant que personnage social, oublier ma belle image, oublier le regard et le jugement des autres. Ma plus belle récompense a été cette jeune fille présente dans la salle, qui est venue me voir à la fin de notre prestation pour me dire : « Je vous admire pour ce que vous avez fait, être capable de vous mettre dans un tel état ! » Ami Caubert, pour quelques minutes, j’ai mis un pied dans ton Panthéon !!! Celui des gens qui vont au bout d’eux-mêmes et jouent ce qu’ils ont profondément enfoui en eux.

L’aventure ne s’est pas terminée là : suite à cette expérience, j’ai mis en relation Edmond et mon enseignant de tai chi, Jean-Marc, convaincue qu’il y avait des liens à tisser entre eux. De cette rencontre est née l’idée de « Mon cabaret rêvé »…. Mais cela est une autre histoire, que je vous raconterai un peu plus tard !


Site clown> En savoir plus sur cette pratique

www.tchiclown.fr

3 réflexions au sujet de « Tchi clown… l’impro de soi ! »

  1. Un grand merci à toi Célia d’avoir su retranscrire par écrit tout le cheminent intérieur que tu as eu pendant ce stage. Tu as trouvé des mots simples qui s’adressent à tous là où j’ai moi-même du mal à expliciter ma proposition de jeu. Tu as su créer les ponts entre ta longue pratique en Taï chi avec Jean-Marc et ta découverte du t’chi clown. Bravo l’artiste au nez rouge et à la plume habile!
    T’chi bises et au plaisir de recroiser ta route. Edmond.

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    • On ne parle bien des choses que quand on les a vécues. Mon expérience de t’chi clown m’a durablement marquée et positivement impressionnée ! C’est pour cela que je recommande cette pratique, où l’on peut vivre des choses très fortes sans crainte, car accompagné(e) par ton expérience et une méthode éprouvée 🙂

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  2. Ping : Mes 40 ans : le début de la fin…. | la mue

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