Tai chi : à la poursuite du maître perdu !

silhouette tai chiLe Tai chi est pour moi une vieille histoire, à l’échelle de ma petite vie humaine : 25 ans que j’ai découvert cet art martial interne, un beau jour de septembre 1993, à Issy-les-Moulineaux, proposé comme activité physique parmi d’autres disciplines comme la gymnastique ou la course par mon école de communication RSCG Campus (ils étaient très avant-gardistes pour l’époque, les pratiques orientales n’avaient pas encore envahies nos salles et nos parcs…). Mon premier enseignant avait un joli minois et portait le nom prédestiné de « Le laqué » (bon d’accord, j’ai transformé l’orthographe pour le bien de mon histoire…) ; bien qu’il usait de sa posture et d’un discours orientalo-philosophique bien tourné pour tenter de séduire ses jeunes élèves, il m’a en tous cas mis le premier le pied à l’étrier. Évoluant ensuite au gré des enseignants, cette pratique me charmait par sa profondeur subtile (contrairement aux mouvements débiles de l’aérobic ou du Pump it Up) et ses parfums d’Orient dans lesquels je me sentais comme un poisson dans l’eau.

Le chinois marseillais…

Fraîchement débarquée à Marseille, je me suis immédiatement mise à la recherche d’un dojo, et c’est là que j’ai rencontré mon nouvel enseignant, Marseillais pur jus au faciès légèrement chinois, tombé dans le tai chi comme Obélix dans la marmite de potion magique. Mon premier choix a été le bon, et je me suis ancrée dans son antre avec bonheur pendant près de 10 ans. Mais après cette longue période de cours assidus, j’ai fini par avoir un coup de mou, lassée de répéter semaine après semaine les 108 mouvements du Grand enchaînement de la forme Yang, de battre le tigre, repousser le singe et voler diagonalement…

Maitre taichiÀ la fin d’une séance, je suis allée trouver mon prof et sans préméditation, lui ai demandé de m’enseigner plus avant le tai chi et de me transmettre ce qu’il savait. Je l’ai par là-même intronisé « maître » et moi « disciple ». Il a accepté ma demande, m’invitant à venir pratiquer plus souvent et à m’engager avec lui dans une relation de vérité et de confiance. Je scellais ainsi un pacte dont je ne mesurais pas à ce moment-là les implications et ressorts sous-jacents. Là où je pensais vouloir approfondir une pratique martiale, je cherchais en fait plus fondamentalement à trouver un sens à ma vie, une vie dans laquelle je m’ennuyais sans trop vraiment savoir pourquoi. Inutile de préciser que j’approchais dangereusement de mes 40 ans à cette époque-là !

De recherches en bols de thé !

Nous nous sommes alors engagés dans un processus de recherche-action, expérimentant plusieurs voies pour m’amener à affiner ma perception intérieure et trouver le « mouvement juste » : marche lente ou zen, étirement des méridiens, danse libre, massages, jeux de rôles… et longues discussions sur mes états d’âme et réflexions intérieures en buvant du thé. C’était très agréable et valorisant pour moi, et nos rencontres servaient de fil rouge à ma vie fort agitée par ailleurs. Petit à petit, mon enseignant est devenu ami, maître à penser, coach de vie et guide spirituel. Un cocktail chargé, finissant par brouiller la demande initiale et réduire à portion congrue les temps de pratique réellement taichichuanesques… Nous nous étions éloignés de l’axe principal, et la rigueur ancestrale de cette noble discipline avait pâti de nos postures occidentales trop bavardes et de nos âmes compliquées.
De maître, mon enseignant est redevenu simple humain, tombant de son piédestal en même temps que je m’éloignais de la pratique et remettais en question son enseignement (ce qu’il n’appréciait guère, bien évidemment).

L’histoire a eu une issue malheureuse : d’incompréhensions en digressions, nous avons fini par ne plus du tout nous comprendre et j’ai arrêté de me rendre au dojo, mettant un terme en même temps à ma pratique de tai chi. La leçon a été dure, mais porte aujourd’hui ses fruits : il faut être son propre maître dans la conduite de sa vie… et surtout, ne pas se tromper de recherche ; les causes profondes et réelles d’une perte de sens sont à chercher en soi-même, et non dans une relation ou une pratique extérieure, aussi riche et subtile soit-elle.

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