Écouter ses amis, donner de son temps

Avoir des amis, entretenir des relations, ce n’est pas qu’une histoire sociale.
C’est avant tout un engagement de soi avec les autres : celui d’être présente, pour un tout petit rien ou pour un gros chagrin, être à l’écoute, ne rien exiger, donner… En un mot, aimer.

J’ai eu beaucoup de copains, fait pas mal de fêtes, de sorties diurnes et nocturnes, organisé de grands rassemblements avec mes amis et ma famille. Je ressentais une forme de satisfaction à vivre des moments intenses, vivants, mouvementés, variés. Puis petit à petit, j’ai modifié certaines choses dans ma vie, réduisant la voilure sur mes différentes activités sociales, me consacrant à des pratiques plus intériorisées… J’ai ralenti mon débit de paroles et je me suis mise à plus écouter : moi-même, par la pratique de la méditation notamment, et les autres aussi.

Car lorsqu’on discute avec les uns et les autres dans des fêtes bien arrosées et chargées en tout (nourriture, musique, people et autres euphorisants), au final on n’écoute rien. Paradoxalement, on en ressort plus vide qu’avant. Qu’est-ce que j’ai appris au cours de cette soirée ? Qu’est-ce que je sais des questionnements et problématiques du moment des différents convives avec lesquels j’ai blablaté ? En quoi ai-je pu réellement échanger sur des sujets qui nous intéressaient mutuellement et quelle est la qualité de la relation que j’ai établie avec eux ? La réponse est souvent très pauvre. On se souvient de ce qu’on a mangé, du nombre de verres que l’on a bu (enfin, jusqu’à un certain nombre !), des personnes qui nous ont raconté telle blague ou telle anecdote de leur vie, de celui ou celle qui semblait faire la gueule dans un coin de la pièce, et puis c’est tout…

Être seule ou mal accompagnée ?

Avec le temps, l’éloignement, les divergences de modes de vie, le nombre de mes « amis » et « relations » a diminué. Au point où un matin, je me suis mise à les compter sur le bout de mes doigts et me suis dit que j’étais bien seule ! Cela m’a perturbée sur le moment, en interrogeant ma capacité à être « amicale » et socialement connectée, moi qui aimais être au centre de l’attention… Cette prise de conscience a également correspondu avec une période de ma vie où j’étais moi-même en recherche de nouveaux fondements sur lesquels m’élever : j’étais célibataire, avec un enfant la moitié de mon temps, un travail qui avait fini de me stimuler depuis bien longtemps et une formation de psycho fraîchement débusquée qui m’amenait à revoir considérablement le prisme sous lequel je voyais ma vie jusque-là… J’étais en ballotage et je me sentais seule.

Alors j’ai lâché prise sur tout cela, me disant que ma façon d’être attirerait à moi, à un moment ou un autre, les personnes qui me correspondent et que pour l’heure, le principal travail était à faire sur moi. Autant être disponible pour soi-même, après tout… et avant tout ! Bon, même après cela, je me suis encore posée des questions en constatant qu’il ne restait dans mon entourage que des personnes fragiles et pas très heureuses de vivre ! Est-ce à dire que c’était le reflet de mon propre vécu ? Ou au contraire, les gens qui venaient vers moi avaient-ils besoin de la nouvelle personne que j’étais en train de devenir ?

Mieux vaut donner peu, mais vrai

J’ai consacré beaucoup de temps à écouter, consoler, conseiller parfois. Mes amis et relations les plus proches d’abord, puis progressivement des personnes plus éloignées de mon cercle intime. Avec certains, j’ai abordé des sujets très douloureux et personnels, avec d’autres, j’ai saupoudré quelques petites pensées positives sur des soucis temporaires vite envolés. Au fur et à mesure que j’abandonnais mes luttes de pouvoir (exister plus fort que les autres, être reconnue comme quelqu’un d’intéressant, réussir ma vie amoureuse, maîtriser la conduite de ma vie…), je m’ouvrais d’avantage aux autres, me mettant au service de… C’est une conduite fort avantageuse pour les deux parties : celui qui sert (au double sens du mot) est utile et se nourrit des bienfaits qui résultent de son action, et celui à qui l’on rend service se sent soutenu et relié.

En fait, petit à petit, j’ai compris que l’amour que l’on donne ne devait pas forcément être l’apanage d’une seule personne, pas plus qu’il ne devait être dispersé aux quatre vents sans distinction. C’est une jolie source qui doit couler librement, où les personnes qui ont besoin de se rafraîchir et de faire une pause peuvent s’abreuver quand elles le souhaitent. Aujourd’hui, je tire plus satisfaction de petits échanges qui émergent spontanément quand quelqu’un me sollicite (directement ou indirectement) que des grandes diatribes où l’on refait le monde pour un soir ou des « Je t’aime pour la vie » suivis d’un grand silence ! Ça n’est pas donné à tous, ni tout le temps, car cela nécessite de pouvoir soi-même être source… de joie, de sérénité, d’espoir, d’amusement, d’inspiration, de compassion, de curiosité… Tout un programme !

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