Ode à ma fille

Prendre la décision de devenir mère n’a pas été une mince affaire. Il m’a fallu 35 ans pour me décider…

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Je me revois encore un certain week-end de printemps à Lyon, pleurant devant la pharmacie en me demandant si je devais ou non franchir le seuil pour acheter une nouvelle boîte de pilules… 35 ans pour arriver à accepter l’idée que c’était maintenant ou jamais et qu’il serait dommage de passer à côté de cette expérience extraordinaire, une des expériences les plus fondamentales de la vie : créer un être unique issu du mélange de deux autres êtres, modelé au fin fond de mes entrailles ; une machinerie interne incroyable capable de fabriquer une petite personne dotée de deux jambes, deux bras, des petits poumons constitués de millions d’alvéoles, des kilomètres de vaisseaux sanguins (si on mettait bout à bout tous les vaisseaux sanguins du corps, on obtiendrait un tuyau de 100 000 kilomètres de long, soit 2,5 fois le tour de la Terre !), des litres d’eau et de sang, un cerveau, etc., etc. J’avais coutume de répéter à l’envie que si nous vivions 300 ans, j’aurais attendu l’âge de 232 ans pour enfanter afin de profiter au maximum de ma vie de femme et de ma liberté.

Le mythe de l’instinct maternel
Je n’avais pas de manque d’enfant, pas d’instinct maternel pressant qui me tiraillait de l’intérieur… Ma vie était riche, remplie… Il n’y avait pas de place pour une troisième personne au sein de mon couple. Et puis les modèles familiaux que me renvoyait la société ne me plaisaient pas. Tous ces couples complètement obnubilés par leur progéniture, englués dans toutes les contingences de la vie quotidienne : changer la couche, faire à manger pour bébé, se casser la tête pour faire rentrer dans le coffre de la Clio la poussette, le lit pliant, les douze habits de rechange en cas de fuites intempestives et le paquet de 40 Pampers, aller au parc le dimanche pour le faire s’aérer… et se coucher éreintés le soir en pensant que le petit ange réclamerait son dû dès 6 heures le lendemain matin !
Finalement, je me suis lancée, sans plus trop y réfléchir. Ma fille a été conçue une nuit d’ivresse, en rentrant d’une soirée très gaie et très arrosée où nous avions joué aux fléchettes. Le coup est parti tout seul, en plein dans le mille !
La grossesse a été un pur bonheur, entre les douces séances d’haptonomie, les sages conseils d’une avisée sage-femme et ses inoubliables rendez-vous à la piscine où, le dos reposant sur des boudins de mousse et le bide hors de l’eau tel un gros flotteur, arrimée aux pieds et à la tête d’autres femmes dans le même état que moi, je flottais dans un bain d’allégresse en jouant au petit train tiré par notre super préparatrice à l’accouchement… Sans compter les dernier mois, bourrée d’hormones du bonheur, passés allongée sur mon canapé à contempler mes doigts de pieds en éventail en écoutant les oiseaux chanter le printemps.

Ange, fille ou garçon ?Baia_baby_2Nous ne connaissions pas le sexe du petit ange en gestation et l’appelions Schmounck, prénom indéfini en attente d’incarnation. Quand est venu le grand jour de la sortie, c’est une petite fille aux yeux ronds immenses qui m’a regardée bien en face, entre le V de mes deux jambes écartées, tel un Gremlin surpris d’avoir atterri à cet endroit. Un message déjà clair sur sa façon de se positionner dans la vie, que la suite n’a pas démenti.
À l’aube de ses un an, la demoiselle a fait sa première crise d’affirmation personnelle, me laissant abasourdie (« Quoi, déjà à un an, on va avoir droit à ça? »). A trois ans, il n’y avait déjà plus moyen de lui mettre les jolies robes achetées par mamie : le jogging est devenu roi, confort et mouvement placés en vertus premières. Et à six ans, gardienne de but dans l’équipe féminine de football de Marseille !
Moi qui craignais d’avoir un garçon avant qu’elle naisse, j’ai été servie ! Autant dire qu’on ne maîtrise rien de l’être qui arrive un beau matin dans le foyer, qui n’a d’innocence et de douceur que l’apparence. Après quelques mois de lutte contre mes projections et idéaux d’éducation, j’ai compris que mon rôle consisterait principalement à lui donner le plus d’écoute et d’amour possibles, et à jalonner son parcours de quelques garde-fous élémentaires pour lui permettre de suivre sa propre voie. C’est une grande erreur de penser que l’on peut façonner ses enfants, d’autant plus qu’ils naissent au monde déjà mieux équipés que leurs parents, car un pas plus avant dans le flux de la vie.
Aujourd’hui, je comprends qu’avoir eu ma fille tard est une chance car j’ai pu consacrer tout cet intervalle de temps à construire ma conscience d’adulte et à épurer (tout au moins, commencer à…) les scories que j’aurais pu lui donner dans son trousseau de naissance. Recevoir (plutôt qu’avoir) un enfant est une grande chance, celle de pouvoir accompagner l’évolution d’un être merveilleux en puissance et de grandir avec lui. Malgré les erreurs que je serai encore amenée à commettre vis-à-vis d’elle, je m’attacherai, jour après jour, à décrypter les multiples facettes de ma fille et à contempler dans ses yeux gris-bleus les infinies variations d’un monde changeant.

2 réflexions au sujet de « Ode à ma fille »

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